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Article de blog | L’art d’être un bon amant pour soi

Il y a une phrase qui revient souvent dans mon cabinet, sous des formes différentes :

« Je veux qu’il/elle se sente bien. »
« j’ai besoin de savoir qu’il/elle va bien. Je me suis toujours préoccupé.e de mon entourage. »
« Je veux lui donner du plaisir. C’est important pour moi ! »

Des phrases pleines de bonnes intentions en apparence. Et pourtant, derrière chacune d’elle, se cache souvent un malentendu profond sur ce qu’est réellement le bien-être et le plaisir — et sur qui peut, ou non, en être responsable.

Ce réflexe qui nous pousse vers l'autre

Nous avons pris l’habitude, presque sans nous en rendre compte, de chercher à faire plaisir à l’autre. A première vue ceci ressemble à un acte généreux et altruiste. Mais en y regardant de plus près il n’en est rien… bien au contraire !

Ce réflexe repose sur plusieurs croyances :

  • La croyance que l’on peut répondre au besoin de l’autre. On observe, on interprète, on devine — et on agit, persuadé d’avoir trouvé la bonne réponse à un besoin qui, en réalité, ne nous appartient pas.
  • Un besoin viscéral de « faire pour », comme si notre valeur se mesurait à ce que l’on apporte à l’autre. On prépare le repas qu’on pense qui lui fera plaisir, on anticipe une contrariété pour l’éviter à sa place, on porte le sac trop lourd du partenaire « pour lui épargner l’effort ».
  • La peur, tapie derrière la générosité. Peur de ne pas être aimé si l’on ne donne pas assez, peur du conflit si l’on ne devance pas l’attente, peur de décevoir si l’on écoute d’abord son propre élan,…
  • Un conditionnement plus ancien qu’on ne le croit. Beaucoup d’entre nous ont grandi en apprenant que prendre soin de l’autre était une preuve d’amour plus légitime et respectable que de prendre soin de soi.

    Résultat :
    nous devenons expert de l’autre, et étranger à soi-même.

Ce réflexe compulsif à vouloir faire le bonheur de l’autre traverse toutes les sphères de notre vie : le parent qui anticipe chaque besoin de son enfant au point de ne plus lui laisser l’espace de le formuler lui-même, l’ami qui donne des conseils non sollicités « pour l’aider », le collègue qui reprend le travail d’un autre « pour lui rendre service ».

Bien sûr, la sexualité n’échappe pas à ce conditionnement. Je dirais même que c’est probablement dans cet espace, que le phénomène est le plus flagrant. 
Prenez en exemple, une phrase archétypale orgueilleuse à souhait, qui a elle seule, résume la situation :   

« Alors, heureuse ? »

Le mythe du plaisir "confié" à l'autre

Qui n’a jamais entendu dire que l’homme devait « s’occuper » du plaisir de la femme, que c’était son rôle — comme si elle était incapable de s’occuper elle-même du sien ?

Cette idée, profondément ancrée culturellement, place le plaisir féminin entre les mains d’un autre — et déresponsabilise chacun de la relation qu’il entretient avec son propre corps.

Or, il est illusoire de croire que l’on peut réellement s’occuper du plaisir de quelqu’un d’autre. Le plaisir n’est pas un objet qu’on transmet ou qu’on offre comme un cadeau bien emballé. C’est une expérience intérieure, une sensation qui prend racine dans la relation que chacun entretient avec son propre corps, sa propre écoute, sa propre permission de ressentir. Personne d’autre ne peut ressentir à notre place, ni décider pour nous de ce qui nous fait du bien.

Ce que l’un peut offrir, c’est une présence, une qualité d’attention, un espace de sécurité. Mais le plaisir lui-même reste toujours, in fine, une affaire intime et personnelle.


Une nuance importante : se laisser toucher par le plaisir de l'autre

Cela ne veut pas dire que le plaisir de l’autre nous est indifférent, bien au contraire. Sentir son partenaire se laisser aller dans son plaisir peut réellement amplifier le nôtre — c’est même l’un des terrains les plus beaux de la rencontre. Mais cette amplification se vit dans l’instant, comme une résonance spontanée entre deux présences. Elle ne peut pas être intégrée dans un scénario de départ qui conditionnerait toute notre attitude au cours de la rencontre intime.

Car dès qu’il y a une attente — quelle qu’elle soit — la déception guette. C’est presque mathématique. L’attente porte notre attention vers l’extérieur : vers l’environnement, vers le partenaire. Or si notre attention est tournée vers l’autre, elle n’est plus, par définition, tournée vers nous-même. Nous nous plaçons alors en second plan dans notre propre rencontre.

C’est là le cœur du sujet : notre plaisir est de notre responsabilité. Exactement comme le plaisir de l’autre est de la sienne.

Être un bon amant / une bonne amante pour soi-même...

Il n’existe qu’une seule façon de mettre concrètement cette responsabilité en application : être un bon amant pour soi, et se rendre totalement disponible à soi-même.. et ce dans tous les aspects de son quotidien !

Se connaître, explorer ce qui nous anime vraiment, oser ressentir sans filtre ni objectif de résultat, assumer ses propres élans sans attendre qu’un autre vienne les deviner à notre place.

Une relation intime avec son propre corps et sa propre sensorialité — une relation qui ne dépend de personne d’autre pour exister.

Apprendre à écouter quels sont nos véritables élans dans l’instant, et le faire savoir à l’autre, en toute sérénité, sans craindre son jugement ou son regard. Juste écouter de soi à soi ce qui a envie de se vivre, là, maintenant…

"Mais c'est égoïste ! Moi je veux que l'autre aille bien ! "

J’entends déjà l’objection…

Et pourtant, cette bienveillance apparente est, elle aussi, illusoire. Nous ne pouvons jamais que projeter nos propres besoins sur l’autre — nous imaginons ce qui lui ferait du bien à partir de ce qui, nous, nous ferait du bien. 

Ce faisant, nous ne sommes clairement pas à l’écoute de l’autre, malgré ce que les apparences laissent croire… et l’autre le sent.

D’où, à court ou moyen terme, une frustration et une déception de part et d’autre : lui ou elle ne se sent pas vraiment vu(e) ni écouté(e), et nous ne recevons pas la reconnaissance espérée pour tous nos efforts.

Une légèreté qui se propage

Je conçois qu’il n’est pas simple d’entreprendre ce changement de posture intérieure qui nous oblige à revisiter toutes nos façons de faire au quotidien, à casser nos automatismes, à déprogrammer bon nombre de croyances… Mais je peux vous garantir que cela en vaut la chandelle !

Soyez un bon amant pour vous dans tous les espaces de votre vie, et celle-ci s’en trouvera plus légère. Et je suis prête à parier que votre entourage vous en remerciera ! En effet, les personnes qui vous entourent n’auront plus, sur les épaules, la pression inconsciente du résultat que vous souhaitiez obtenir pour elles.

C’est tout le sens du travail que je propose dans mon accompagnement : (re)créer, par le toucher vibratoire et une écoute profonde, cet espace où l’on réapprend à habiter pleinement son propre corps, à reconnaître ses propres sensations, à se faire confiance, à oser le plaisir pour soi… et se rencontrer soi.

Avant d’envisager pouvoir rencontrer réellement l’autre, quel qu’il soit, le chemin commence toujours par se rencontrer soi.

Et vous, à quel moment avez-vous pris conscience
que vous cherchiez à « faire » le plaisir de quelqu’un d’autre
plutôt que d’habiter le vôtre ?

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